Sur les traces de son arrière-grand-père 
Augustus Saint-Gaudens :  

karenVisite à Aspet

Il fallût une bonne année d’échange de mails entre Karen,  Jim Ingalls son époux et moi –même pour qu’enfin nous réussissions à organiser cette visite tant attendue.

Visite attendue du côté de Karen, l’arrière- petite-fille d’un homme illustre dont elle méconnaissait les lieux d’origine. L’histoire dans laquelle Karen s’inscrit, prît naissance dans le lien entre  Augustus et sa muse Albertina HULTGREN  dite Davida Johnson  CLARK, très présente dans l’ensemble de son œuvre sculpturale. Dans le beau visage de la Diane, par exemple :  

Comme beaucoup d’artistes à cette époque, Augustus vécût un temps avec deux foyers. Davida et lui eurent  un fils unique Louis Paul CLARK,  surnommé NOVI. Augustus fît de son fils illégitime, un magnifique bas- relief reproduit dans le catalogue consacré à la vie et à l’œuvre de l’artiste, publié par les musées nationaux français en 1999, le seul ouvrage sur la biographie d’Augustus, existant en français à ce jour.

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Il semble que la transmission père-fils ne fût pas aisée,  Novi étant principalement élevé par sa mère à laquelle il fût très attaché. Dans le mythe familial transmis à Karen, cette difficulté se retrouva dans la génération suivante. En effet, Novi CLARK épousa  Alida P. et ils eurent trois fils :

- Richard Robert CLARK mourût durant la seconde guerre mondiale, sans enfant.

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- Louis John CLARK communément appelé Jack, était porteur d’un diabète grave. Comme il ne voulait  pas transmettre cette pathologie génétique, il ne conçut pas d’enfant mais en eût deux «  par adoption ». : Valérie SWINK  qui prît le nom de Valérie SAINT GAUDENS , et Richard Dana CLARK  surnommé Rick.

clark

 Murray Albert CLARK plus tard appelé Michael SAINT GERMAIN, le père de Karen et de sa sœur Joan Katherine SWANSON née CLARK aujourd’hui décédée.

Ainsi, Karen se trouve être dans sa génération,  la seule descendante directe d’Augustus Saint Gaudens et de Davida.

 D’après Karen qui le vécût douloureusement, il y eut très peu de relation entre son père Murray  et son grand-père Novi,automotiv  lui-même « loin » de son père Augustus. Si Novi fût un homme plutôt triste comme le montrent ses photos, Murray vécut de façon passionnelle, instinctive et risquée, une vie pleine de changements, jusqu’à modifier son nom….il était aussi très créateur et inventif, il a même dessiné une voiture de « façon futuriste », qui a été reproduite dans un journal  après avoir été exécutée par des professionnels ! 

Karen est connue par des livres qu’elle a écrit sur ses souffrances  d’être atteinte d’un  cancer,  comment vivre et accompagner cette terrible épreuve. Son contact est empreint de profondeur, elle se montre calme et attentive dans les relations.

maisonPrairieÉtonnantes et  inattendues, furent les réactions des Français en présence de  Karen et  de son mari Jim Ingalls : « Ah la petite maison dans la prairie ? »

En effet une souche anglaise de la famille de Jim émigra aux Etats-Unis et créa les personnages du célèbre feuilleton !!...Jim reçut  en France plus de reconnaissance que Karen ! Pourtant l’ ancêtre de Karen né à Aspet en France,  émigra lui aussi vers les Amériques où  la notoriété de son fils Augustus  n’ést plus à démontrer !  En Amérique, Augustus Saint Gaudens est aussi célèbre que Rodin en France.

Le frère d’ Augustus, Louis,  était également un grand artiste qui travailla dans les ateliers de Cornish dans le New-Hampshire,ingalls lieu de travail et de vie pour la famille. Augustus  disait de lui qu’il était encore meilleur sculpteur !!

Attendue, cette visite l’était aussi par les membres de notre association : notamment pour le symbole fort de rencontrer enfin une personne en ligne directe d’Augustus. Fusse un descendant de la lignée non officielle.

LA VISITE  d’ASPET

Arrivés à Aspet, nous avons conduit nos invités au siège de l’association situé en face de la bibliothèque municipale,  portant le nom du sculpteur. Le décor de ce  petit bureau renvoie une impression forte de la « présence de l’artiste ». Karen était très émue et aussi surprise m’a t’il semblé, de la profusion d’évocations de son ancêtre,  par des portraits, des affiches et des documents.  Elle a beaucoup apprécié cet espace. En quittant le bureau, nous lui avons offert le catalogue pré cité en anglais.

Après un temps consacré à ces documents et gravures,  nous nous sommes rendus dans la rue Augustus Saint Gaudens.

Devant la plaque de la rue, Karen a été saisi par une réelle émotion, les larmes aux yeux, le regard fixe. Il lui a été expliqué l’histoire de l’origine de cette plaque voulue par l’association, et  la cérémonie qui avait présidé à la pause officielle.

granderueAprès le rituel des photos, nous avons suivi la ruelle qui descend  jusqu’à la maison natale de la famille Saint-Gaudens. C’était la boutique du cordonnier où  le grand-père d’Augustus apprît le métier de son père. Lorsque son propre fils Bernard eut 6 ans, ce fils de la maison décida de laisser la boutique à son père et son frère pour s’installer à Salies-du-Salat avec sa petite famille.

coupleUne vingtaine d’années plus tard, c’est de là que partit Bernard  devenu jeune homme pour émigrer aux Amériques. Il se maria au cours de son escale de deux ans à Dublin, puis arriva à New-York lorsque son fils Augustus avait 6 mois. C’est à New-York que son métier de cordonnier appris en famille à Aspet, lui permit de diffuser la mode des chaussures françaises auprès des femmes américaines fortunées. Son savoir-faire lui valut un beau succès qui assura l’aisance de la famille, et la possibilité plus tard pour Augustus de partir  en France parfaire sa formation comme il se devait à l’époque dans les milieux artistiques.

atelier

Une branche de la famille des cordonniers  était restée à  Aspet, vivant et travaillant dans cette maison.  Madame et Monsieur  Joël Georgelin, dont la mère née de la lignée Saint-Gaudens habite l’été cette maison, a fait visiter cette demeure à Karen et à son mari, maison indiquée  au passant comme  lieu d’origine de la famille du sculpteur. La maison a gardé son cachet ancien ;  l’atelier de cordonnier d’autrefois donne sur la rue tandis que l’habitation se situe à l’étage supérieur.

Après cette visite, nous nous rendîmes tous à la Mairie d’Aspet où Karen et Jim furent accueillis par Madame le Maire et quelques conseillers, ainsi que par des membres de l’association. Après avoir présenté Karen ( qui ne parle pas français) et son parcours de vie qui l’a conduite jusqu’à Aspet sur les traces de son aïeul, je lui passai la parole. Elle exprima quelques mots de remerciements avec beaucoup d’émotion et de reconnaissance pour ce village et ses habitants qui continuent  à honorer la mémoire de l’artiste. Ce moment de convivialité fût très agréable et apprécié de tous.

famille

Mme et M Georgelin, Conseiller municipal, Viviane Jullien-Palletier-Duchein, Karen et Jim Ingalls

LE REPAS PARTAGE

Nous avions prévu de partager un repas avec nos invités devenus des amis au fil des heures, et quelques membres de l’association présents à la cérémonie d’accueil de la Mairie. Ce fût au restaurant «  La clé des champs » d’Estadens que nous sommes retrouvés. Nous attendait  un menu reflétant les produits locaux et la bonne cuisine gasconne :  duo de foie gras chaud et en terrine accompagné de pommes fruits, de salade, confiture de cerises noires…, puis magrets de canards, pommes de terre et purée, puis fromages du pays, et enfin délicieux dessert de tarte tatin et glace cassis. Le tout préparé maison et savoureux !!

assiette

Chacun a réussi à communiquer avec Karen et Jim, certains facilement,d’autres avec force gestes et mimiques… Nous nous levâmes de table en milieu d’après-midi comme il se doit, heureux et fatigués.  C’est là que Karen a pris congé de la tablée, puis nous sommes partis nous reposer à Chein-Dessus !

 DES  ECHANGES

 La fin de la journée et le lendemain furent consacrés en partie au repos et en grande partie à des échanges très amicaux, ouverts sur divers  sujets .  Mais Karen avait surtout le grand désir de communiquer sa version de l’histoire de sa famille, c’est ce que nous avons fait.

Entre autres échanges, Karen avait à cœur de me laisser certains documents qui lui paraissaient importants.femme Elle a déposé un portrait- photographie ancien de Davida jeune fille , de 1895 environ. 

En même temps, une photographie – portrait de Novi ( Louis Clarck) le fils de Davida et d’Augustus, prise à Paris , ce qui indique que Novi suivait son père et sa mère parfois à l’étranger,  au fil des expositions. Elle a également remis une photo de lui d’âge mûr, un bel homme très très triste….

 

 

 

novi

Son père, bien qu’absent une grande partie de son enfance, a beaucoup compté pourpereelle. Karen a laissé deux portraits, un en homme jeune, pris en photo pour un article qui présente la voiture futuriste qu’il avait conçue et faite réaliser ; c’est assez incroyable !!  L’autre photographie le montre en homme âgé : comme il ressemble là à Augustus son grand-père !!  ( photo que j’ai appelée «  dernière photo de son père) .

Karen et son époux partaient ensuite pour une croisière qui devait les déposer au Sud de la Floride,coupleage dans leur région. Ils étaient tristes de cette séparation, mon mari et moi aussi, tant les échanges s’étaient révélés profonds et chaleureux. 

Ils m’ont envoyé plusieurs messages depuis leur départ, très reconnaissants de tout ce qui est entrepris en mémoire d’Augustus Saint-Gaudens, enchantés de la qualité de l’accueil qui leur a été réservés  au cours de leur séjour.

J’ai reçu hier aussi de leur part un message très amical pour la France suite  aux attentats du 13 novembre à Paris. D’ailleurs tous les amis américains, liés à Augustus ou non, nous ont manifesté leur empathie et leur soutien.

Il est un peu triste de terminer le récit de cette rencontre sous l’évocation de ces attentats sauvages. Mais, d’un autre côté,  qui mieux que des personnes comme nous concernées par la migration peuvent être attentives et réfléchir à la richesse et aussi aux grandes difficultés d’intégration lorsque des appartenances d’origines diverses se retrouvent ensemble dans une même société civile.

Récit terminé le 15 novembre 2015 à Montbonnot-Saint-Martin par Viviane Jullien-Palletier Duchein.
Mise en page du texte et photos par Christine Bories. 


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